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   QUATUOR CARMINA

   Rolf Lislevand, guitare baroque, luth

   Nina Cori, castagnettes


   Boccherini: Quintette pour cordes et guitare no. 4 en sol majeur

  Boccherini: La Musica Notturna di Madrid

   Haydn: Quatuor à cordes en sol mineur, op. 74/3 („Le Cavalier“)

   Haydn: Quatuor à cordes en fa majeur, op. 3/5, „Sérénade“


   Sony 2009





Pour le plaisir

Diapason, Roger-Claude Travers, avril 2010

Les disques célébrant l‘idéal hédoniste ne sont pas si nombreux. Ne nous privons donc pas de déguster ce récital tour à tour séduisant et pittoresque, servi par un quatuor à la diction étudiée, à l‘expression musicale passionnée, cultivant les timbres sensuels et les couleurs intenses. Avec les Carmina, les superlatifs se déclinent naturellement. Pour en prendre la mesure, écoutez d‘abord la page la moins typée du lot, „Le Cavalier“ de Haydn. Dès l‘Allegro, la délicatesse des accents, l‘élégance individuelle de chaque archet laissent conquis. Premier sourire complice, première transgression. Adapter pour violon et guitare (comme le faisait Paganini pour gagner des coeurs féminins) l‘Andante cantabile et la partie B du Minuetto du Quatuor „Sérénade“ est une coquinerie ravissante permettant à Rolf Lislevand de partager un moment de pure douceur avec ses amis. Qu‘attendre du Quintette „Fandango“ de Boccherini, sinon du feu, de l‘étincelant, du palpitant? Une belle version assurément, pimentée par une jolie cadence espagnole à la guitare dans le Grave assai, et l‘incroyable maîtrise virtuose de Nina Corti aux castagnettes, d‘une imperturbable précision métronomique. Exemplaire aussi, cette „Musica notturna“ osant vraiment le descriptif, avec le tocsin, le tambour, les effets de dynamique sonore pour figurer la troupe en marche. La liberté de mesure adoptée dans le récitatif du rosaire est un moment particulièrement savoureux. Pour le plaisir.


Enregistrement spectaculaire

classica, Jean-Noël Coucoureux, déc09/jan10

...L‘idée de ce surprenant programme dérive d‘une série de concerts que le Quatuor Carmina a données avec la complicité du guitariste et luthiste Rolf Lislevand. Les musiciens souhaitaient reproduire l‘énergie de l‘un de leurs concerts pris sur le vif sans toutefois se priver de la sécurité de l‘enregistrement studio... Disons le d‘emblée, le résultat est convaincant. Résolument placée sous ls signe de la passion, de la fougue et de la théâtralité, ces interprétations donnent parfois l‘illusion de l‘improvisation et captivent par la véhémence de leur engagement. La beauté et la chaleur des cordes du Quatuor Carmina restituent l‘élégance, l‘esprit insouciant et le raffinement qui innervent le juvénile Quatuor à cordes Hob III:17. La transcription de l‘Andante cantabile pour guitare magnifie ce climat serein, les timbres cristallins de Lislevand se fondent avec naturel dans l‘ensemble. Changement de climat avec un Quatuor „Le Cavalier“ interprété dans l‘esprit du romantisme naissant, décelable dans un Largo assai dense et un Allegro con brio tranchant et dynamique. Dans les oeuvres de Boccherini, Rolf Lislevand transmet sa créativité proche de l‘improvisation aux musiciens du Quatuor Carmina. Une créativité qui atteint son paroxysme dans un Fandango endiablé dont la fougue rythmique, pimentée par les castagnettes, est amplifiée par le tranchant des cordes. Dans un style moins narratif que Jordi Savall, les multiples tableaux sonores de La Musica notturna delle strade di Madrid sont néanmoins fidèlement restitués par la variété de la palette de timbres et la délicatesse des nuances.





    Quatuor Carmina

    Kyoko Tabe, piano

    Petru Iuga, contrebasse


    Schubert: Quintette „La Truite“

    Schumann: Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur


    A cet enregistrement fut décerné en 2008 le

    „Record Academy Award of Japan”, comparable au

    „Grammy“ américain. 




Quintette La Truite

Pizzicato Magazin, septembre 2009, GW


…On ne se lasse pas d’écouter leur enregistrement du quintette La Truite, une œuvre que l’on croit connaître par cœur. Légèreté dansante, élégance pleine de gaieté, remarquable jeu d’ensemble dégageant une chaleur émouvante sont les premières caractéristiques de cette interprétation. Mais tout aussi évident, et plus significatif, est l’art avec lequel les Carmina marquent que l’œuvre est loin de n’être qu’enjouée et insouciante. On trouve ici le grand Schubert, qui sonde fixement les abîmes. On n’a qu’à écouter ces rares tons blafards dans la merveilleuse introduction, à suivre de près l’Andante !... Dans le quintette de Schumann avec piano, les rythmes sont esquissés avec rigueur, les lignes mélodiques se dégagent clairement, sans que la sonorité des instruments perde quoi que ce soit en chaleur et en transparence.



Quintettes avec piano de Schubert et Schumann

Bayer4 Classic, Fridemann Leipold, 24 mars 2009


…Et l’on ne cesse de s’étonner : du premier coup, les musiciens du Quatuor Carmina, associés à la pianiste japonaise Kyoko Tabe et au contrebassiste roumain Petru Iuga, ont réussi à se poser en concurrents sérieux à la majorité des enregistrements existants. Cela se décèle dès les tempi judicieux adoptés pour chacune de ces pièces. Captivante est la manière dont la rythmique marquée de Schumann prend son essor : la phrase, pourtant compacte par endroits, est cependant fort claire et toujours perceptible. La fabuleuse sonorité – qui en elle-même fait le prix de ce nouvel enregistrement – y est pour quelque chose. Elle unit à merveille clarté et chaleur, sait modeler plastiquement chaque voix dans l’espace musical tout en donnant cohérence parfaite à l’ensemble.


Mais la valeur de cet enregistrement réside surtout dans les interprétations hautement musicales proposées. Le potentiel tragique clairement présent chez Schumann – par exemple dans la marche funèbre du deuxième mouvement –, les cinq virtuoses du Carmina savent le déceler aussi dans « La Truite » de Schubert, réputé pourtant serein et inoffensif. Bien à tort, comme le font ressortir les Carmina. Avec des sonorités cendreuses et dépourvues de vibrato, ils sondent les abîmes, qui sont bien présents dans cette œuvre sous la surface divertissante. Aux Carmina, à Tabe et Iuga revient incontestablement la palme par rapport au nouvel enregistrement paru en même temps chez Pentatone, avec comme interprètes Martin Helmchen, Christian Tetzlaff, Antoine Tamestit & Co, qui paraissent étonnamment routiniers, sans inspiration, pour ne pas dire insipides.





 

  W.A. Mozart

   Quatuor à cordes en ré mineur, K. 421

   Quatuor à cordes en sol majeur, K. 387

   Quatuor à cordes en ut majeur, K. 465 „les dissonances“

   AVI LC 09406




Enregistrement remarquable

FONOFORUM, août 2006


Comme beaucoup d’ensembles européens des jeunes et moins jeunes générations, le Quatuor Carmina, fondé en 1984, a été influencé par les nouveautés apportées par la pratique des exécutions « historiques ». C’est ce qu’écrit l’altiste Wendy Champney dans la brochure du disque et ce que confirme l’enregistrement de trois quatuors de Mozart dédiés à Haydn : diction très articulée qui s’entend dès le motif en sauts d’octaves descendant au début du quatuor en ré mineur, mais aussi recours fréquent aux sonorités sans vibrato et encore la préférence pour les tempi mouvementés, fluides, dénués de sentimentalité, et souvent de caractère dansant. Il en résulte une lecture de Mozart très vivante et autonome, qui dote le catalogue déjà bien fourni des enregistrements de Mozart d’une autre excellente interprétation.



Un Mozart juteux et vigoureux

L’année Mozart révèle encore bien des surprises : par exemple les quatuors à cordes interprétés par le Quatuor Carmina…

TAGES ANZEIGER, 22 février 2006


Ecouter ce disque, c’est vivre une expérience musicale qui vous fait quitter la salle de musique de chambre bien en ordre et vous pousse sur la scène d’opéra où se déploient les passions dramatiques chauffées à blanc. Empruntant à la musique ancienne le répertoire de la plastique gestuelle et à la moderne une radicalité expressive débarrassée de toute poudre rococo, l’Ensemble fait cheminer les quatuors à cordes de Mozart dans des domaines véritablement théâtraux. La chair de poule que l’on a dès l’introduction fragile, sans vibrato, du quatuor KV 421 en ré mineur n’est pas près de disparaître. Même expérience dans le quatuor KV 387 en sol majeur : le sombre monde en mineur a disparu pour faire place à une légèreté enjouée, mais il peut à tout moment, sous cet élan intervenu sans pause, retourner et frapper comme l’éclair. Tous les amateurs de quatuors à cordes peuvent ne pas agréer à une telle musique sous pression. Mais l’agrément n’est à tout prendre qu’une des facettes de la vitalité dont le Quatuor entend doter cette grande œuvre. La vitalité élémentaire, et non pas l’annonce dogmatique d’une quelconque nouvelle image de Mozart, voilà ce qu’irradie cet enregistrement. Le résultat ravit, tout à fait dans le sens de cette inexplicabilité supérieure telle qu’elle se trouve exposée en fin de compte dans le quatuor « des dissonances » KV 465.



 


     

       Mendelssohn: Quatuor à cordes en la mineur, op. 13

       Mendelssohn: Quatuor à cordes en fa mineur, op. 80

       Denon CD-79527

     




Essence de l’imagination musicale

HI-FI NEWS AUND RECORD REVIEW, Christopher Breunig


Le jeu des Carmina est raffiné…Vous ressentez qu’ils ont réellement trouvé l’essence de l’imagination musicale…Leur jeu comporte une exactitude immédiate et stable qui vous met en harmonie complète avec la musique de Mendelssohn. Pour ce qui concerne la douceur et le fini, il est clair que le Carmina est le nouveau « Quatuor italiano » : c’est le Concours Paolo Borciani qui les a révélés.





       

      

       J. Haydn

        Quatuor à cordes en sol majeur, op. 76 no. 1

        Quatuor à cordes en ré majeur, op. 76 no. 2 „les quintes“

        Quatuor à cordes en ut majeur, op. 76 no. 3 „l‘Empereur“

        Denon CD 75970

      



Maîtres du filigrane – Etoile Fono Forum du mois

FONO FORUM, Fridemann Leipold


Les hautes espérances suscitées par le Quatuor Carmina quand fut annoncé ce disque de Haydn, après leurs enregistrements enthousiasmants de Mendelssohn et de Brahms, sont encore dépassées quand on l’écoute. Ce disque est assez extraordinaire pour qu’on le salue comme un événement. Au delà de la perfection technique et de la cohérence de l’ensemble, c’est l’interprétation fouillée à l’extrême des Suisses qui est remarquable, car elle nous fait entendre comme neuves ces œuvres archi-connues de Haydn. Rien n’est ici laissé au hasard – et le danger est grand chez Haydn ! –, chaque formule a sa place et son intérêt. Il faut louer tout d’abord l’articulation claire de l’Ensemble : chaque élément musical est mûrement pesé, chaque voix est exposée de façon transparente, les attaques sont immédiatement vigoureuses. Pleinement convaincant est aussi le choix des tempi, qui ne suit jamais la mode des records, dans un sens ou dans l’autre. Mais l’exceptionnel dans le jeu des quatre musiciens est leur énorme intensité expressive. C’est ainsi qu’ils ont le courage de retenir la dynamique dans le mouvement lent du quatuor en sol majeur d’une telle manière que l’on n’en croit pas ses oreilles : comme surgi du néant, à sonorités blafardes et sans vibrato se met en marche le thème en ut majeur, et tout le mouvement est maintenu dans cette ambiance indécise ; c’est à couper le souffle. Dans le Menuet subséquent les contrastes dynamiques sont marqués à l’extrême : un forte qui suit un piano est reçu comme un choc. Le côté danse de cour de Haydn n’en est pas escamoté pour autant : beaucoup de motifs se répondent avec enjouement, comme les basses répétées que s’échangent alto et violoncelle dans le premier mouvement du troisième quatuor. Le célèbre Hymne à l’Empereur, enfin, est exposé avec une simplicité étudiée, jamais déclamé pathétiquement, mais comme un lied dans une scène chantée, « Poco adagio cantabile » : Haydn pris à la lettre ! Cela vaut aussi pour les nombreuses modulations caractéristiques dans ces quatuors : à la vitesse de l’éclair les artistes du Carmina ne cessent d’ouvrir d’autres espaces sonores. Il est difficile d’imaginer que l’on puisse jouer Haydn de façon plus captivante.







        J. Haydn

       Quatuor à cordes en si bémol majeur, op. 76 no. 4 „lever du Soleil“

       Quatuor à cordes en ré majeur, op. 76 no. 5

       Quatuor à cordes en mi bémol majeur, op. 76 no. 6

       Denon CD 78963

       



Plaisir musical sans mélange

FONO FORUM, Fridemann Leipold


Les éloges décernés au Quatuor Carmina pour leur enregistrement de la première partie du groupe de quatuors « Erdödy » valent aussi sans restriction pour cette deuxième partie de l’Opus 76, 4-6 qui vient de paraître. De nouveau les Suisses séduisent pour leur articulation parfaitement claire, leur sens du timing, leurs contrastes dynamiques et l’excellent agogique de leurs enchaînements. Les figures filigranées de Haydn sont ciselées au plus fin, et, techniquement, les tons de l’extrême aigu paraissent un jeu d’enfant pour le premier violon Matthias Enderle. La musique coule de façon totalement détendue, naturelle et organique, la polyphonie de Haydn est exactement rendue par quatre voix autonomes qui savent s’écouter attentivement et conclure imperceptiblement leurs lignes mélodiques. Le style général des Suisses est épuré ; le vibrato n’est utilisé que comme moyen ponctuel d’expression ; comme pour bien des Ensembles, la pratique des exécutions « historiques », judicieusement comprise et utilisée, fait de véritables merveilles. Ainsi se succèdent plages sonores semblant flotter comme dans la montée d’une aube blafarde, et sonorités résolument pleines, animées, comme dans le Largo magique en fa dièse majeur, si proche de Schubert, de la cinquième œuvre. Les surprises d’interprétation que nous réservent les Carmina ne manquent pas cette fois encore : le trio en mineur du Menuet en ré majeur de l’Opus 76/5 glisse rapidement, à peine audible, mystérieux et fantomatique, comme s’il jaillissait du fonds romantique d’un Mendelssohn. En même temps, dans le Final du même quatuor, les musiciens montrent de quelle virtuosité étourdissante ils sont capables.






       

        Debussy: Quatuor à cordes op. 10

        Ravel: Quatuor à cordes en fa majeur

        Denon CD 75164

       

      




Décollage vertical sans complaisance névrotique

FONO FORUM, Susanne Benda


Ils ne se font pas valoir. La première impression auditive est celle d’une sonorité à l’opposé du spectaculaire : toute en retenue, sans aspérités, et bien plus soucieuse de la cohérence auditive et expressive que du discours tranché et de la démarcation des quatre individualités. Il faut du temps et de l’énergie pour déceler dans le Quatuor suisse Carmina beautés subtiles et multitude d’idées qui ne s’imposent pas d’elles-mêmes. Cela admis, on découvre bien des aspects qui portent effet sur un tout autre plan que l’ordinaire. A cet égard les quatuors à cordes de Claude Debussy et de Maurice Ravel conviennent idéalement à la conception spécifique qu’a le Carmina de la coexistence musicale. Ils exigent en effet justement ce filigrane dans la texture des voix, cette intégration de l’élément mélodique dans une progression sonore, qui font le charme particulier de la sonorité de cet Ensemble. Avec grand ménagement, presque de façon fragile, les musiciens zurichois déploient le texte musical comme de l’intérieur, cherchent l’accès aux pensées et émotions musicales avant tout au delà de la verticale sonore, au delà même d’un jeu d’ensemble qui demeure, malgré la prédilection qu’a le Quatuor pour les tempi très mouvementés, extrêmement précis… (Ajoutons que) dans ces deux œuvres, le Carmina convainc par son interprétation à la fois fourmillant d’idées et prodigieusement sensuelle, par une beauté et une franchise sonores voluptueuses à l’extrême. Que cette interprétation soit entièrement dénuée de complaisance névrotique n’est pas la moindre qualité de cette deuxième parution en disque CD des quatre Suisses décolleurs à la verticale.





florilège de critiques de concerts



A la Stephanssaal de Karlsruhe le Quatuor Carmina ravit les auditeurs

Pamina Magazin – Klassik online im Südwesten, 27.11.2009


Qui lors d’une soirée de musique de chambre recherche davantage qu’un divertissement cultivé mais désire être interpellé au fond de lui-même et souhaite pouvoir écouter des œuvres connues dans une interprétation renouvelée, ferait bien de noter le nom du Quatuor Carmina.


… On le remarque dès qu’apparaît le premier motif, et l’on pense aussitôt à d’autres interprétations, qui certes sont distinguées et élégantes mais sont exposées le plus souvent avec une certaine distance. Les Carmina se saisissent au contraire à bras le corps du matériel mouvementé de Haydn, le pétrissent à pleine pâte, plongent dans la vie des cultures. Ici l’on creuse profond, l’on décape et éclaire, les éléments sonores se renforcent mutuellement. Tout sonne encore un peu plus coloré, les contours sont encore mieux délimités, le tout est encore un peu plus plastique que dans bien d’autres ensembles.


Le deuxième mouvement, le « Poco adagio cantabile », se mue en une suite transparente de variations ; se dégagent ici des lignes qui apparaissent rarement ailleurs. Le thème de l’« hymne allemand » (l’hymne à l’Empereur) n’est pas énoncé « à l’officielle » mais a l’élan d’un récit vivant. Le mouvement final est dessiné à traits vifs et précis ; le violoncelle se profile ici avec netteté, plongeant avec fougue dans les figures vertigineuses.


Qui ne s’est pas encore placé sur le bord de son siège avec un pouls accéléré le fera au plus tard dans le quatuor op. 80 de Mendelssohn en fa mineur. Cette musique est aussi bouleversante que l’ont été les événements précédents de la vie du compositeur : déclin des forces, maladies, mort de la sœur Fanny, qui président à l’impulsion créatrice. L’œuvre entière baigne dans une singulière grisaille, le son est souvent rêche, criard, on n’est pas loin du cliquètement ; la structure est mouvementée à l’extrême, et rien n’est prévisible : bouillonnement perpétuel et funeste, tempête qui se trame dans toutes les voix. Entre-temps se présentent des passages qui forcent l’attention, car ils jettent une lumière particulière sur toute la scène : un ton lancinant de violon, qui sonne comme un grand cri, et, dessous, dans les voix intermédiaires, la terre tremble ; mais aussi une ligne montante de violoncelle, qui vit soudain toute apaisée dans son propre monde, comme si le reste ne lui importait pas, ce qui provoque une ambiguïté passionnante. Dans l’ »Adagio » toute excitation retombe brusquement, et pourtant il n’y a pas véritable apaisement, car même dans ces phrases empreintes de douceur, l’ébranlement précédent ne se fait pas oublier. A la lumière douceâtre et blafarde de la fin du mouvement succède derechef dans le Final la dramaturgie sans compromis de l’ensemble de l’œuvre. Dès l’entracte, les bravos fusent.


Le quatuor op. 10 en sol mineur de Claude Debussy est la seule œuvre du compositeur écrite pour cette formation ; il clôt sa première période d’activité, alors qu’il avait déjà en chantier son chef-d’œuvre « Pelléas et Mélisande ». Bien des influences se retrouvent ici, notamment celle de César Franck, et c’est ainsi qu’un thème cyclique parcourt l’œuvre entière, apparaissant sous de multiples transformations. Les Carmina nous exposent, ici aussi, un subtil entrelacs éclairé de tous côtés : une mélodie qui se hisse, un échange entraînant d’idées portées par des pizzicati, des touches qui s’en prennent aux idées existantes. On prête attention, subjugué, au violoncelle méditatif, au doux tapis des cordes, au miroitement comme de flageolets, enfin au drame aggravé du Finale.


Avec le bis, réclamé bruyamment par le public, les Carmina tempèrent en quelque sorte l’ambiance exaltée : l’« Andante cantabile » du quatuor « des dissonances » de Mozart met un point final approprié à ce concert en tous points exceptionnel.



Un nouveau Festival se présente : Eisenstadt 2009

PIZZICATO, octobre 2009, Alain Steffen


Le public a vécu une brillante performance avec le concert proposé par le Quatuor Carmina de Suisse. Comme ce fut le cas avec le Quatuor Artis, les interprétations se sont distinguées ici aussi par leur dynamisme et leur franchise, leur sincérité et le courage des musiciens à s’exposer sans ambages. Ce fut un concert « à couper le souffle ». Les Carmina ont fait s’épanouir les quatuors op. 54 n°1 et op. 76 n°5 de Haydn dans une fraîcheur rarement entendue, faisant ainsi ressortir brillamment l’enthousiasme musical qui anime ces œuvres.


Mais les Carmina expriment aussi avec pertinence les sentiments sombres et sérieux. La ferveur avec laquelle ont été abordées les cabrioles virtuoses de Haydn se décèle aussi bien dans le rendu de la douleur et de la modernité d’un Bartók, dont le 2ème quatuor reçoit ici une interprétation exemplaire qui restera longtemps dans la mémoire. Même expérience avec le premier quatuor de Sándor Veress, dont les musiciens savent faire valoir le conflit de haute teneur, même derrière les moments rythmiques.



Précision et tempérament : un régal de musique de chambre

Neue Zürcher Zeitung, P. Hagman, 24 juin 2009


Le nouveau disque que le Quatuor Carmina nous offre à l’occasion de son 25ème anniversaire est un moment de pur délice musical. Deux chefs-d’œuvre  nous sont présentés : le quintette « La Truite » de Franz Schubert et le quintette en mi bémol avec piano de Robert Schumann. Ces pièces maîtresses sont sondées par un Ensemble à la riche expérience et au sommet de son art. Le vaste horizon que dévoilent les Carmina se révèle dès la lente introduction de la « Truite », où les cordes, auxquelles s’est joint le contrebassiste Petru Iuga, explorent pas à pas l’espace musical, avec des sonorités douces et fragiles, parfois sans vibrato, jusqu’au moment où s’expose avec force le thème principal et où Kyoko au clavier fait entendre qu’elle est une partenaire à prendre au sérieux. Le dialogue musical est ici vif et intelligent, les accents sont marqués avec vitalité, les cantilènes se déploient magnifiquement. La riche palette des Variations du quatrième mouvement est exploitée dans toute son étendue. Les musiciens – Matthias Enderle et Suzanne Frank (violons), Wendy Champney (alto) et Stephan Goerner (violoncelle) – abordent le quintette de Schumann avec une vivacité extrême: plénitude orchestrale dans les tutti et fougue jusque dans les grands arcs mélodiques. Mais le point culminant est atteint dans le mouvement lent où chaque détail est soigneusement rendu avec précision et auquel est donnée une intense valeur expressive.


reproduit avec l’aimable autorisation de la NZZ, http://www.nzz.ch/

Mesure parfaite

NEUE ZÜRCHER ZEITUNG, 30 septembre 2008, M.Wohlthat


Cela fait plus de vingt ans que le Quatuor Carmina, fondé en 1984, joue avec les mêmes musiciens. Ce fait, qui ne va sûrement pas de soi, a donné à la soirée de musique de chambre de la Tonhalle-Gesellschaft de Zürich beaucoup plus qu’une profonde assurance dans le jeu d’ensemble et une constance apaisante. Cette entente de longue date est à la source de la précision sans effort perceptible, de l’intensité musicale et de la mesure parfaite avec lesquelles l’Ensemble s’est consacré aux quatuors à cordes de Haydn, Bartók et Debussy.


On n’a cessé d’admirer la sonorité calmement assurée et la pulsation naturelle d’ensemble de ce Quatuor. Il a de surcroît atteint une maturité qui lui permet de faire resplendir en toute simplicité et beauté harmonique le Largo du quatuor en ré majeur Op.76, 5. Captivante fut l’interprétation du premier quatuor de Bartók, par la manière directe dont fut saisie la matière musicale : le tissu contrapunctique est tendu avec une énergie et une précision rigoureuses ; dans le mouvement final à la puissante pulsation, les rythmes folkloriques sont marqués de façon enthousiasmante. Quant aux vingt-cinq minutes que dure le quatuor en sol mineur de Debussy, elles ont passé comme l’éclair. Dans l’Andantino, l’indication « doucement expressif » fut très justement prise à la lettre. Déployant à la française les sonorités et la riche palette de couleurs jamais criardes, le Quatuor Carmina donna, de cette œuvre souvent mésestimée, une interprétation à l’équilibre achevé.


reproduit avec l’aimable autorisation de la NZZ, http://www.nzz.ch/



Envolées enivrantes

Le Quatuor Carmina dans la salle Mozart

STUTTGARTER NACHRICHTEN, Helmut Fiedler


Parmi les formations de quatuors à cordes de classe mondiale de notre époque, le Quatuor Carmina, fondé en 1994, compte certainement comme celle dont le jeu est le plus emporté, alternant constamment entre esprit et raffinement. Bien séduisante fut l’entente hautement concentrée entre ces artistes en résidence à Winterthur, Matthias Enderle (premier violon), Susanne Frank (deuxième violon), Wendy Champney (alto) et Stephan Goerner (violoncelle). C’est ainsi qu’ils ont calibré avec une sonorité vitreuse, sans vibrato, et avec des crescendos emphatiquement marqués, le célèbre et ténébreux Adagio qui introduit le quatuor « des dissonances » KV 465 de Mozart. Les maîtres Vegh et Harnoncourt étaient bien présents, sous la forme des divers ornements qui agrémentent le parcours mélodique. Puis ce fut vraiment le Nouveau Monde qui vous assaillit dans le quatuor « américain » op. 96 en fa majeur de Dvorak. Dans le premier mouvement, ils rendirent de manière grandiose l’alternance des vagues qui montent et descendent ; dans le Molto vivace, ils détaillèrent avec virtuosité le motif tourbillonnant qui préfigure presque Janacek ; enfin – en contraste avec l’apaisement du Lento articulé avec raffinement – ils se lancèrent avec enthousiasme dans un Final rêvant d’envolées symphoniques : oui vraiment, le Quatuor Carmina n’a cessé d’oser de folles explosions expressives. Entre-temps, place au quatuor dorien de Respighi de 1924, poème symphonique en forme de mouvement unique, dans lequel l’univers sonore grégorien se fond dans l’extase néo-romantique. Toutes ces éruptions, ces dégradés de couleurs doivent trouver leur place sous un arc de tension qui dure vingt minutes. Dans la même veine, donc, les Carmina donnèrent aux pianissimi les plus livides une intensité incroyable, ne reculèrent pas aussi devant les aspérités auditives, et élevèrent par là-même ce Poème à une dimension magique. Ovations dans la salle Mozart.




Avec une assurance de somnambules

Le Quatuor Carmina dans la salle de musique de chambre de la Philharmonie de Berlin

DER TAGESSPIEGEL, Andreas Richter


Matthias Enderle (violon), Susanne Frank (violon), Wendy Champney (alto) et Stephan Goerner (violoncelle) ont convaincu tant par les qualités techniques individuelles que par un jeu collectif exécuté avec une assurance de somnambules. Dans le quatuor à cordes op. 74, 1 de Haydn, séduisant, - au-delà de la perfection technique – fut leur jeu frais et vivant, qui faisait penser à un entretien alerte et animé entre quatre instruments dotés des mêmes droits. Dans le quatuor op. 17, 2 de Bartók, qui date de cent ans plus tard, le lien formel paraît perdu, mais les nombreuses imitations ou même les fortes oppositions donnent au tout une allure de communication de grande portée. Les contrastes sonores hautement différenciés de l’interprétation du Quatuor Carmina convinrent aussi bien au caractère sauvage du Scherzo qu’à la texture dense du mouvement final, qui résonna de façon vraiment fantomatique. Le quatuor de Schubert D 810 est surtout connu pour le mouvement avec variations sur le lied « La jeune fille et la mort ». Par son vibrato croissant mûrement médité, le Carmina traduisit si parfaitement la transition graduelle entre l’étrangeté de la mort et une acceptation heureuse, que la version en quatuor du lied fut au moins aussi convaincante que ce lied lui-même. Dans les autres mouvements, le Carmina sut aussi bien déployer une sonorité lumineuse qu’exprimer une âpre inquiétude. Le mouvement de quatuor de Ravel, donné en bis par le Carmina, fournit une conclusion pleine d’entrain, avec des pizzicati raffinés, qui ravit le public.



Une énergie près d’exploser

KÖLNER STADT-ANZEIGER, (bc)


Avec fougue et rugosité le Quatuor Carmina catapulta le « quatuor dorique » de 1924 d’Ottorino Respighi, rarement joué, dans les sphères du haut expressionnisme. L’œuvre y acquit une couleur bien éloignée de l’aimable complaisance avec laquelle on présente d’habitude l’Italien. Pression d’archet et impulsivité du jeu furent ici les instruments appropriés avec lesquels cette grande page fut exposée dans sa lumière exacte.


Dans le quintette à cordes de Mozart KV 515 Veronika Hagen se joignit comme seconde altiste aux quatre musiciens. Ici aussi l’on entendit une formation musicale bien soudée, qui sut mettre en relief de façon vivante, aussi bien les cassures évidentes qui se font jour sous la surface lisse du premier mouvement que, dans le troisième, la surprenante intervention du premier alto, qui freine l’allure sonore du Menuet. Et dans le dernier mouvement, on se garda bien, en dépit de l’enjouement gestuel, de donner dans l’espièglerie élégante.


Le quintette op. 111 de Brahms respire l’esprit de fraîcheur qui pétille dans beaucoup d’œuvres de jeunesse du compositeur. Il écrivit cette partition à l’orée de ses soixante ans. Comme s’ils voulaient délibérément biffer ce fait dans leur interprétation, les cinq artistes s’employèrent, avec une énergie frisant l’explosion, à éviter de donner l’impression qu’il y avait là déjà les traces de l’âge. Ils le firent en tout cas malgré le deuxième thème du premier mouvement et les passages retenus de l’Adagio. Une telle véhémence électrisante – encore plus marquée, s’il se peut, chez le violoncelliste que chez ses partenaires – conféra une grâce particulière au Final, qui sonna véritablement « à la tzigane », comme l’aimait tant Brahms. Le tout plut si fort, que l’on dut bisser le deuxième mouvement.



Son incomparable – surprenante unanimité de ton et d’attaque

Le Quatuor Carmina au Queen Elisabeth Hall

THE FINANCIAL TIMES, John Allison


…mais le plus extraordinaire fut la sonorité incomparable du Quatuor Carmina dans la première partie du concert. Au cours des premières années après leur « découverte » par Max Loppert, les Carmina ont plus que confirmé ses prédictions confiantes et se sont classés parmi les formations remarquables de notre temps. Chaque membre de l’ensemble possède sa personnalité distincte, et pourtant le son collectif est basé sur une surprenante unanimité de ton et d’attaque. Ils ont interprété « comme un seul » le quatuor hautement concentré de Beethoven op. 95, mettant en relief son sérieux dans la fugue merveilleusement sculptée, et marchant sur une corde raide musicale dans le Final névrotique. Ils n’auraient pu mieux déployer leur sonorité chaude et soyeuse que dans leur interprétation onirique du quatuor en sol mineur de Debussy. Nous avons la chance de posséder de nos jours une pléiade d’excellents quatuors à cordes, et les Carmina s’y sont taillé une place éminente.



Démêleurs de puzzle

Carmina Quartet, Wigmore Hall

THE TIMES, Hilary Winch


(…Les Carmina ont choisi trois quatuors de Beethoven) : un de la première période, un de la maturité, et un des dernières années, contenant chacun un puzzle à démêler. Pour l’op. 18, 3 – le tout premier écrit par le compositeur pour cette formation –, les musiciens ont exploré les énigmes posées par le petit appel en soupir qui ouvre l’œuvre, à mesure qu’il se métamorphose tout au long du premier mouvement. Ils l’ont réalisé par un jeu d’ensemble tout en retenue et intimité, avec un minimum de vibrato et par des accords stricts parfaitement équilibrés, ce qui permit à l’auditeur d’entrer plus profondément dans l’œuvre que ne l’aurait fait un jeu plus hautement chargé. Le Final put ainsi décoller en un véritable Presto, si bien lesté techniquement qu’il ne redoutait pas les envols les plus vertigineux. L’inquiétude fut perceptible dès la dissonance mordante du début de quatuor Rasumovsky en ut majeur. Avec leur sens aigu du timing, les Carmina n’ont cessé de tenir les auditeurs dans l’expectative, comme s’ils entendaient l’œuvre pour la première fois. Le mouvement lent fut tout aussi surprenant. Sous la conduite du sombre et résineux premier violon de Matthias Enderle, les musiciens ont paru se transformer en figures fantomatiques entraînées dans une ronde intemporelle sans fin, scandée par la pulsion comme hébétée, en pizzicato, du violoncelliste Stephan Goerner. Le quatuor op. 132 en la mineur sembla résumer tout ce qui avait précédé. Les qualités maîtresses du Carmina – la démocratie souple de l’ensemble, son tranchant, et un alliage de voix d’une subtilité digne de la polyphonie de la Renaissance – se sont déployées pour donner vie nouvelle au grand Heiliger Dankgesang, au « Chant sacré de reconnaissance d’un convalescent à la Divinité ».







 
photo: DenonPresseF_files/BioAJd.doc

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